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LAISSONS LE PÉTROLE SOUS TERRE ! - L’Initiative Yasuní-ITT en Équateur

LAISSONS LE PÉTROLE SOUS TERRE ! - L’Initiative Yasuní-ITT en Équateur

Préface d'Yves Paccalet - Postface de Catherine Grèze et Yves Cochet - Prix en librairie : 20 € TTC

À travers l’initiative Yasuní-ITT, l’Équateur s'engageait à ne pas exploiter une partie de son pétrole, refusant une manne financière dont il a pourtant besoin pour son développement. Préservation de l'environnement, maintien de la biodiversité, respect des peuples indigènes, énergies renouvelables, alternative au développement fondée sur le "bien vivre" et éradication de la pauvreté sont les fers de la politique de ce pays. Il faisait ainsi une proposition concrète au Monde pour une société post-pétrolière.

Au plan international, émerge un nouveau modèle de développement : il n'est plus question de dette économique des pays du Sud envers les pays du Nord mais de dette écologique des pays du Nord envers les pays du Sud. Cet ouvrage vous propose de découvrir ce petit pays des Andes et d'Amazonie, qui fait souvent figure d'irréductible, à travers une initiative qui marque l'histoire politique contemporaine tant elle répond aux questions que tout citoyen se pose concernant l'avenir écologique de la planète.
Collection :
La manufacture des idées
Date de parution :
20/09/2012
N° d'édition :
1
isbn :
978-2-916097-39-8
Nombre de pages :
254
Format :
14 x 21
Caractéristiques :
Broché Noir & Blanc
Nombre d'illustrations :
8
 

Interview de l'auteur par Sébastien Madau

Interview publiée dans La Marseillaise du 14 octobre 2012.

Yasuní. Ce nom de parc naturel de l’Amazonie équatorienne ne disait pas grand-chose à grand monde il y a quelques années. Sauf que depuis, il est devenu le symbole d’une nouvelle manière d’appréhender les politiques énergétique et environnementale. La mobilisation a, au départ, été menée par les indigènes Huaorani. Le président de gauche Rafael Correa est en train de la concrétiser et de réussir ce pari fou. Ainsi, en 2007, à l’ONU, il avait proposé de renoncer à l'exploitation de l’or noir, pour conserver la biodiversité de ce parc national de 9820 m², contre une compensation financière de la part des pays dits « pollueurs ». Le projet Yasuní-ITT (ITT pour Ishpingo-Tiputini-Tambococha, du nom des trois villes délimitant la zone) était né. L'enjeu est de taille. La réserve est estimée à 850 millions de barils et 410 millions de tonnes de CO2 ne seraient pas émises dans l’atmosphère si la zone était préservée. L’enveloppe totale de la contre-partie a été estimée par l’Équateur et l’ONU à 2,5 milliards d’euros dans un accord.

Sébastien Madau. - Quelle est l’origine du projet Yasuní-ITT ?
Matthieu Le Quang. - Vers la fin des années 90, début 2000, c’est-à-dire avant l’arrivée au pouvoir du président Rafael Correa en 2007, plusieurs batailles ont été menées contre les firmes pétrolières comme Chevron-Texaco, dans le cadre de la réflexion menée sur l’Équateur post-pétrolier. Dès que Correa est arrivé au pouvoir, il a lancé un moratoire sur l’après-pétrole. C’est à ce moment que l’initiative lui a été proposée. Depuis, le projet a gagné en arguments et en légitimité grâce à des études scientifiques.
Sébastien Madau. - Par qui était menée la mobilisation au départ ?
Matthieu Le Quang. - Dans la société équatorienne, il n’y a pas de mouvement écologiste, ou ce n’était que des organisations sans grande audience. Malgré ça, des personnalités (Falconi, Acosta, Ramirez, etc…) ont eu une influence dans le gouvernement et également à l’étranger. Sinon, sur le terrain, ce sont les mouvements indigènes qui défendent ces problématiques avec une stratégie politique.
Sébastien Madau. - Yasuní-ITT est-elle l’alternative définitive au pétrole en Équateur ?
Matthieu Le Quang. - Attention ! Cela ne représente qu’une partie, l’Équateur ne fait pas l’impasse sur tout son pétrole. Cette ressource demeure une nécessité économique et sociale forte en Équateur. Pour mener à bien sa politique générale, l’Équateur a besoin de 40 milliards de dollars jusqu’en 2021, sur une base de
croissance de 5%. Le pays ne peut pas fermer le robinet du pétrole.
Sébastien Madau. - Comment le pays arrive-t-il à gérer cette situation ?
Matthieu Le Quang. - Il y a une sorte de tension entre le développement économique et le respect du Droit de la Nature qui est inscrit dans la Constitution. La question qui se pose est : « Comment penser la transition d’une société exportatrice de matière première vers une société de biodiversité d’ici 20 ans ? » De l’argent
est nécessaire pour franchir les étapes.
Sébastien Madau. - Comment cette démarche a-t-elle été perçue dans le monde ?
Matthieu Le Quang. - Le projet a très bien été accueilli par la société civile altermondialiste, écologiste et les partis de gauche dans le monde. Ils sont en demande d’informations et organisent des débats sur la question. Il me semble que c’est justement ce débat d’idée qui est le plus important, alors qu’aujourd’hui on parle
de nucléaire, de gaz de schiste, dans le cadre d’une société productiviste. Ce concept de bien-vivre rejoint le projet d’écosocialisme. En revanche, la réaction des gouvernements a été beaucoup plus mitigée, pour ne pas dire décevante. L'Espagne a été le premier pays à donner, mais beaucoup moins qu’espéré. La crise a été la justification…
Sébastien Madau. - L’Équateur demande une contre-partie aux pays pollueurs. N’est-ce pas du chantage du style « Payez ou
je pollue ! ». Et finalement, quelles garanties ont les payeurs ? Qui dit que l’État équatorien ne finira pas par pomper son pétrole ?
Matthieu Le Quang. - C’est impossible de le garantir. Le président Correa s’est lui fermement engagé. Mais si un coup d’État le renversait par exemple, on ne pourrait plus rien garantir. La politique c’est aussi faire des paris.
Sébastien Madau. - Un succès de Yasuní-ITT ne pourrait-il pas donner des idées à d’autres pays ?
Matthieu Le Quang. - Justement. C’est une des raisons pour lesquelles les gouvernements ont hésité ou hésitent à payer, par peur de la contagion. Au lieu de réfléchir à cela, ils pourraient plutôt penser à une fiscalité environnementale mondiale. L’Équateur propose un impôt sous forme de taxe à la charge de l’OPEP, une taxe Yasuní qui serait une sorte de taxe Tobin sur les projets émettant des gaz à effet de serre.
Sébastien Madau. - Le fait que l’idée provienne d’un « petit » pays n’a-t-il pas dérangé ?
Matthieu Le Quang. - Bien sûr. D’ailleurs, au-delà des réactions positives ou négatives dont je parlais précédemment, il y a eu une tendance à déprécier l’Équateur, selon une vision néocolonialiste. Il n’a pas été pris au sérieux, ou alors jalousé : comment un petit pays pouvait être aussi innovant ? Cela aurait été plus facile pour Correa de pomper le pétrole de Yasuní… On l’aurait laissé tranquille…